La période des appels à projets et financements est ouverte. Il est temps pour un petit article sur comment on peut obtenir de l’argent pour effectuer notre recherche.

Spoiler alert: Pas comme ça…

Projets, Bourses et Agences de financement

Imaginez que vous soyez un·e chercheur·se dans une université. À moins que vous n’ayez réussi à accéder au Saint Graal Académique, à savoir la titularisation, votre salaire n’est pas payé par l’université mais par les projets sur lesquels vous travaillez ou les bourses que vous avez pu obtenir. C’est évidemment le cas pour une très large majorité de postdocs. Il n’est donc plus suffisant d’avoir une super idée, encore faut-il qu’elle soit connectée à un projet. Il existe une très grande variété de projets, du projet gigantesque avec plus de 70 partenaires1 au tout petit projet à destination d’innovations stratégiques. Les projets peuvent être appliqués, c’est à dire avoir pour but le developpement de quelque chose ressemblant à un produit qui sera utile pour une entreprise, ou à but plus scientifique et addressant une problématique de recherche précise.

En plus des projets, des financements peuvent être obtenus pour certains cas particuliers. Vous pouvez par exemple avoir un financement pour vous aider durant certaines étapes de votre carrière 2 ou pour aller visiter une autre université pendant quelques mois/années, le plus souvent à l’étranger.

Les projets et bourses sont d’une importance majeure pour les chercheurs et chercheuses, surtout en début de carrière. Ne plus avoir de projet ou de bourse signifie bien souvent ne plus avoir de poste. Cette instabilité est l’une des causes majeures de la précarité et insécurité des jeunes chercheur·se·s.

Les projets et les bourses ont une chose en commun : quelqu’un doit les financer, et c’est le rôle des agences de financement. Les agences de financements sont des organisations publiques ou privées dont le rôle est de donner de l’argent à certaines personnes et/ou institutions3 qui peuvent, selon elles, contribuer aux intérêts politiques et stratégiques de l’agence et/ou de la société en général. Ces financements se font en général suite aux tant redoutés appels à projets.

Appel à projets et Propositions

Les appels à projets sont des annonces faites par les agences de financements à propos d’un sujet sur lequel elles souhaiteraient voir travailler des gens. Ces agences ont souvent des appels annuels récurrents auxquels les chercheur·se·s répondent en soumettant des propositions, ou propals de leur petit nom. En gros, c’est dire à l’agence “Regardez, j’aimerais travailler sur ça et ça vous intéresserait beaucoup! Donnez moi de l’argent s’il vous plait”.

Dans une propal, on explique quel est le problème sur lequel on veut travailler, comment on compte s’y prendre pour le résoudre4 et pourquoi ce problème est important pour la société/l’agence/la science. En plus de tout ça, vous devez généralement montrer que vous avez de l’expérience dans des problèmes similaires et/ou des résultats préliminaires pour rassurer l’agence sur votre capacité à résoudre le problème.

Écrire de bonnes propals est une compétence très difficile à acquérir. Il faut trouver le juste milieu entre un excès de confiance qui vous fait promettre la lune, et un manque de confiance et d’ambition. De plus, les personnes qui liront et examinerons votre proposition ne seront peut-être pas des experts de votre domaine. Vous devez donc vous assurer que votre proposition est accessible techniquement tout en étant suffisamment précise pour montrer l’intérêt scientifique du problème. Enfin, vous devez évidemment adapter votre propal à l’agence et l’appel auquel vous répondez et vous assurer qu’elle rentre dans les objectifs annoncés. Depuis la décision concrète de travailler sur une idée et la propal écrite, il peut s’écouler entre 2 mois et 1 an5 en fonction de la taille du projet et de la réactivité des membres. Dans tous les cas, l’écriture de propositions pour répondre à des appels à projet prend un temps considérable dans la vie d’un chercheur.

Après avoir envoyé votre proposition, l’agence va l’examiner et décider si elle sera financée ou non. Les critères en fonction desquels votre propal va être évaluée dépendent de l’agence de financement. Certains appels sont compétitifs6 ou non 7.

Examination et Blues Académique

L’une des raisons pour lesquels la période des appels à projets est redoutée par tant de chercheur·se·s et amène à un “Blues Académique” 8 est que les critères de selection ne sont pas toujours clairs. Il n’y a souvent aucun moyen de savoir pourquoi précisément votre proposition a été acceptée ou rejetée. Peut-être aurez-vous des commentaires9 mais trop d’agences de financements ont pour consigne aux examinateurs de ne pas donner trop d’indications précises aux auteurs sur comment améliorer leur proposition. La seule façon de deviner quelques uns de ces critères est d’essayer encore l’année d’après ou de se faire aider par un chercheur·se plus expérimenté·e. Et encore! En ayant discuté au labo avec des chercheur·se·s en milieu et fin de carrière, je me suis rends compte que même elles et eux ne sont pas sûr·e·s des raisons pour lesquelles certaines de leurs propals ont été acceptées ou non. Et ce après des années à essayer, à en voir quelques unes passer les mailles du filet et pas les autres.

Vous arrivez donc à la fin de la période d’examination avec une notification d’acceptation ou de rejet, sans vraiment savoir pourquoi ni comment vous améliorer. Et rappellez-vous que pour beaucoup de jeunes chercheur·se·s, avoir des propositions acceptées est le seul moyen de garder leur boulot! On parie donc notre futur emploi sur un jeu dont on ne connaît pas toutes les règles.

Sur ce, j’ai trois propals à finir. À la prochaine!

À dans neuf mois pour les résultats!

Post-Scriptum

Un petit PS rapide pour mentionner qu’en plus de tout ce dont on a déjà parlé, le fait que tant d’agences demandent aux chercheur·se·s d’avoir de l’expérience et/ou des résultats préliminaires sur les sujets qu’ils souhaitent traiter décourage les projets à haut risque mais avec potentiellement une grande récompense10. Cela a pour conséquence de réduire la créativité en science, surtout dans la recherche publique. Les grandes entreprises comme Google ou Facebook peuvent se permettre de lancer des projets de ce genre et les encourage même. Mais veut-on leur laisser les grandes récompenses ? Moi non…


  1. Par exemple l’excellent projet AI4EU qui a démarré récemment
  2. C’est le cas par exemple de bourses dites “de démarrage” ou “de consolidation”
  3. Comme les universités
  4. C’est ce qu’on appelle le planning de recherche et ça peut être très difficile à écrire dans la mesure où l’une des caractéristiques principales d’un problème est qu’on ne sait justement pas comment le résoudre!
  5. voire plus!
  6. L’agence décide qu’elle ne financera que 10 projets et choisit les 10 meilleurs
  7. L’agence décide d’un ensemble de critères contre lesquels chaque proposition est évaluée et si la proposition passe l’ensemble des critères, elle est financée quelque soit le nombre de propositions à passer les mêmes critères.
  8. Outre la surchage de travail qu’elle produit
  9. Si vous êtes chanceux
  10. Le “high-risk/high-reward” anglais
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